Une rencontre

Avec Mareva, psychanalyste en devenir.

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6 min ⋅ 26/03/2024

J'ai rencontré Mareva à la sortie de l’école de nos enfants. 
École dite maternelle (bien mal nommée) : lieu de la première socialisation en dehors de la famille. 
Avant septembre, je n’avais pas conscience qu’un enfant qui entre à l’école c’est aussi un parent qui y retourne. 

Je me suis rapidement vue rattrapée par mes vieux réflexes d’ado reine du fomo* : elle a l’air sympa, elle, et elle aussi tiens, je vais essayer de les approcher autour de la pâte à modeler.
Je ne pensais pas que je serais cette mère-là (quoi que), et pourtant, force est de constater que je suis une vraie gratteuse d’amitiés parentales. 
Ne vous avisez surtout pas d’esquisser un vague sourire en ma direction, vous risqueriez de vous voir proposer « un petit café si t’as le temps ? », (oui moi j’en ai pas mal). Toujours à l’affût, jamais blasée par ce magnifique vivier de potentielles rencontres. Les jeunes diraient forceuse, je préfère curieuse
Même le groupe Whatsapp de la classe, je l’aime. 

Mareva fait partie de ces parents auxquel•les j’ai tout de suite eu envie de parler. Et voilà qu'en terrasse la première fois, présentations, j'entends : je suis en train de devenir psychanalyste.
Lumière divine et étoiles alignées, elle voit mes yeux briller.
Elle sera ma prochaine invitée.

Après Elisa, psychologue, et Alexis, pédopsychiatre, il fallait bien compléter notre sainte trinité. D’autant plus qu’il n’est pas tout à fait évident de comprendre la psychanalyse, ses concepts et autres instances psychiques. 
Merci Mareva d’avoir accepté d’essayer de nous éclairer.

Andrea : Chère Mareva,
- Comment a commencé ton intérêt pour la psychanalyse ? Et d’ailleurs, c’est quoi la psychanalyse ?

Mareva : - Après deux essais de psychothérapie avec deux psychothérapeutes différents, dont à l’époque je considérais que ni l’un ni l’autre ne m’avait apporté grand-chose, ce qui est vraisemblablement faux, je prends finalement attache avec quelqu’un qui m’est chaleureusement recommandé, par quelqu’un qui me connaît bien. Les deux personnes ne se connaissent néanmoins pas.
À ce moment-là je ne sais pas que la personne à laquelle je m’adresse est psychanalyste. Tout ce que je sais c’est qu’elle est psychologue clinicienne et que c’est quelqu’un « d’une finesse et d’une délicatesse remarquables ».
Cela me suffit compte tenu du fait que j’ai grande confiance en la personne qui me recommande cette « psy ». Je n’hésite pas à l’appeler le jour même où je reçois son numéro. Je ne supporte plus d’être en souffrance et de ruminer incessamment la même douleur.
Rétrospectivement et pour en venir à ce qu’est la psychanalyse, je pense que c’est avant tout, une rencontre avec quelqu’un.
Outre le fait que je suis venue à la psychanalyse parce que c’est la démarche de travail qui m’a convenu au fil des séances, je suis avant tout, « tombée » sur la bonne personne. En effet, lors de la première séance, j’ai rencontré quelqu’un avant de rencontrer une technique.
Quand je suis arrivée à cette première séance, je souffrais beaucoup. J’ai rapidement ressenti que la personne que je rencontrais avait à cœur de m’aider à soulager cette souffrance.
La technique psychanalytique, qui vise à faire émerger à la conscience, l’Inconscient, en vue de lever les résistances qui empêchent un rapport à la vie et une relation à l’Autre, acceptables, un peu moins douloureux, peut-être davantage honnêtes, est je crois l’objet de la psychanalyse.
Parvenir à se déprendre, en vue de vivre une existence moins contrainte, moins dirigée par tout un tas de mécanismes inconscients bien implantés, envisager et construire une relation à l’Autre dégagée autant que faire se peut, de tous ces mécanismes inconscients, qui bien souvent l'entravent.

Andrea : - D’accord, je crois que je vois. Donc tu étais patiente, et au fur et à mesure tu as eu envie de devenir à ton tour analyste, c’est ça ? Comment on devient psychanalyste ?

Mareva : - Lorsque je commence à consulter, je l’ai déjà dit, je souffre beaucoup. Donc en tant que tel, je ne suis pas certaine que je m’enthousiasme à ce moment-là de la technique instaurée, même si aujourd’hui je la trouve enthousiasmante par ce qu’elle m’a permis de mettre en lumière au fil des séances et des années.
Au fil des années d’analyse, a émergé progressivement l’idée que la fonction d’analyste pourrait devenir la mienne. Aider le patient à « lever le voile », comme mon (et depuis peu mes) analystes m’ont aidé à le faire et continuent de m’aider à le faire.
À la question comment devient-on analyste, je crois que comme pour la plupart des choses que l’on entreprend ça part d’un désir.
Pour ma part, je ne me suis pas réveillée un matin en me disant que j’allais devenir analyste…quoi que.
J’insiste tout de même sur le caractère progressif de l’émergence de cette idée. Mais je travaille encore à en comprendre l’aspect inconscient……je pressens que l’idée de devenir analyste est peut-être antérieure à ce travail personnel entrepris et poursuivi pendant de nombreuses années.
À vrai dire, cela fait des années que je me dis que je serai analyste un jour. Un jour est arrivé plus rapidement que je ne l’avais envisagé initialement. Les circonstances de la vie y ont évidemment contribué.
En pratique, la condition à la concrétisation d’un tel désir passe par l’analyse personnelle. C’est la condition.
Elle passe par ailleurs par le questionnement de ce désir dont je parlais, par le biais de l’analyse dite « didactique ».
Aux côtés d’un pair, un analyste en exercice, la réponse à la question « pourquoi ? » doit progressivement émerger, pour pouvoir passer d’analysant à analyste.
Au-delà de cela, de nombreux instituts de psychanalyse proposent, outre la conduite de l’analyse didactique, de former à la fonction d’analyste, par des enseignements largement théoriques, qui pour ce que j’en connais n’en ont pas moins de la valeur, notamment parce que (et pour ne mentionner que cet aspect de la théorie) s’intéresser théoriquement à la pratique c’est essentiel. Quand bien même on n’aurait pas encore « pratiqué » la fonction d’analyste d’ailleurs.

Andrea : - Tu sais, il y a quelques mois, une lectrice m’avait écrit : « je suis très ambivalente à l’égard de la psychanalyse ». J’ai l’impression que ce n’est pas la seule à être méfiante. Comment ça se fait à ton avis ?

Mareva : - Il me semble qu’être ambivalent à l’égard de l’analyse ça n’empêche pas d’en entreprendre une et de la poursuivre, contrairement au fait d’en être méfiant. Lorsque j’ai pu échanger avec des personnes me faisant part d’une méfiance à l’égard de l’analyse, j’ai souvent entendu le questionnement de ces personnes quant à l’investissement que cela représente. Et pour cause, la psychanalyse n’a pas grand-chose à vendre. 
Elle n’est pas « séduisante » comme de nombreuses thérapies se proposent de l’être aujourd’hui.
La psychanalyse nécessite du temps et de l’argent, c’est un fait. 
Il est évident que dans un contexte où sont proposées des thérapies en quelques séances pour accéder à un mieux-être, la psychanalyse s’inscrit à contre-courant, à contre-temps. En cela, elle est un réel acte de résistance (pas au sens psychanalytique du terme) de la part de l’analyste et du patient.
L’inconscient est hors-temps, il est au cœur de la psychanalyse qui ne propose pas d’éradiquer un ou des symptômes comme certaines thérapies le proposent, mais d’aller voir derrière les symptômes, leur origine. Pour cela il convient d’aller rechercher assez loin en arrière dans l’histoire du patient, l’origine des symptômes, ainsi que des conflits qui donnent lieu à ces symptômes. Il semble que pas mal de gens n’aient pas le désir d’aller rechercher de ce côté-là, pour des raisons variées, ce qui s’entend très bien.

Andrea : - J'ai toujours vu des psys mais essayé une seule fois de m’allonger officiellement sur le divan. Ça m’a énormément déstabilisée. Je n’aimais pas la psy derrière moi (rends-toi compte elle faisait exprès de mâcher son chewing-gum très fort dans mes oreilles alors que je suis misophone, tout pour me faire fuir), j’avais l’impression qu’elle s’ennuyait royalement et je ressortais de là en me sentant plus nulle et sans intérêt que jamais. J’ai arrêté. C'est pas pour moi la psychanalyse ? C’était pas la bonne personne/le bon moment ? C’est « normal » de ressentir tout ça ? 

Mareva : - Une mauvaise expérience avec un analyste, ce n’est pas rare je crois. Un transfert négatif, ce n’est pas forcément entièrement négatif, pour peu qu’il puisse donner la place à un transfert positif, par moments dans le courant de l’analyse. Le fond de l’histoire je crois, pour qu’une analyse puisse être entreprise et se poursuivre, c’est le désir de l’entreprendre et la confiance en l’analyste. Comme toute relation il me semble, la confiance n'est parfois pas immédiate et nécessite du temps. Je ne dis pas qu’il faut persister coûte que coûte si cette confiance tarde à s’établir. Simplement accepter qu’elle peut mettre un peu de temps à s’installer et que peut-être effectivement, le caractère intolérable de l’inconfort, dit peut-être quelque chose du choix du moment plus ou moins opportun pour se lancer sur la voie de l’analyse personnelle.

Andrea : - Oui, merci Mareva. C’était clairement pas le bon moment pour moi (j’étais enceinte pleine de nausées et elle me suggérait que c’était peut être mon inconscient qui refusait le bébé, merci bien). 


On va s'arrêter là pour aujourd'hui,
On se revoit dans deux semaines ?

Andrea

*fomo, acronyme de “Fear of missing out” : l’expression traduit la peur de manquer un événement. Se retrouve souvent chez les jeunes adolescents sous forme de “vous parlez de quoi vous parlez de quoi ?” intempestifs.

Le divan de Freud (Freud Museum, Londres) - ici plus rien ne sera mis sous le tapis.Le divan de Freud (Freud Museum, Londres) - ici plus rien ne sera mis sous le tapis.

Psychologie de comptoir

(*Je ne suis pas psy ! Si ces sujets vous intéressent, je vous invite à creuser.)

1L'association libre (je vous redonne la définition déjà partagée dans Cadavre exquis)

Selon Freud, c'est la règle psychanalytique fondamentale à laquelle le patient doit obéir afin d'investiguer les processus psychiques inconscients, inaccessibles autrement. Il s'agit pour l'analysant d'exprimer toutes les pensées qui lui viennent à l'esprit, qui surgissent en lui, de dépasser l'inhibition habituelle qui censure les pensées, les images, et la parole.
Selon les mots de Freud dans La technique psychanalytique (PUF, 1970)  :

« Votre récit doit différer, sur un point, d'une conversation ordinaire. Tandis que vous cherchez généralement, comme il se doit à ne pas perdre le fil de votre récit et à éliminer toutes les pensées, toutes les idées secondaires qui gêneraient votre exposé et qui vous feraient remonter au déluge, en analyse vous procédez autrement. Vous allez observer que, pendant votre récit, diverses idées vont surgir, des idées que vous voudriez bien rejeter parce qu'elles sont passées par le crible de votre critique. Vous serez alors tenté de vous dire : « ceci ou cela n'a rien à voir ici » ou bien : « telle chose n'a aucune importance » ou encore : « c'est insensé et il n'y a pas lieu d'en parler ». Ne cédez pas à cette critique et parlez malgré tout, même quand vous répugnez à le faire ou justement à cause de cela (...) Enfin, n'oubliez jamais votre promesse d'être tout à fait franc, n'omettez rien de ce qui pour une raison quelconque, vous paraît désagréable à dire. »

C'est pourtant pas compliqué.

2- Le conflit psychique

Mais dans quoi me suis-je lancée ? Essayer de trouver une définition simple et accessible de la notion de "conflit psychique", quelle idée.
Tiens mais ne serait-ce pas l’occasion d’enfin ouvrir ce livre (d’une mère d’élève - encore la magie de l’école) : 3 minutes pour comprendre 50 notions-clés de la psychanalyse, par Elsa Godart. Trois minutes, c’est peu, c’est audacieux. Exactement ce qu’il nous faut.
Page quatorze, “De la conscience à l’inconscient - Glossaire”. Appareil psychiqueÇa, bingo : conflit psychique, c’est parti :
“Il se produit lorsque des intérêts internes s’opposent chez le sujet. Le conflit peut être “manifeste”, comme entre un désir et une exigence morale ou comme entre deux sentiments ; ou “latent” et se traduire sous une forme déguisée, comme à travers la formation de symptômes, de troubles du caractère ou de conduites désordonnées. Le conflit psychique est constitutif du sujet humain.”

Vous n’avez pas compris ? Désolée, les trois minutes sont écoulées.

Tu devrais consulter

Par Andrea L.

Je m’appelle Andrea, j’ai 35 ans et dans ma vie j’ai eu plus de psys que d’histoires d’amour. Bon signe ?