Avec Bertille
Je suis parisienne, je n’ai ni maison de famille ni famille en province, j’ai donc toujours fêté Noël à Paris et j’ai le privilège d’aimer ça.
J’aime les décorations dans les rues, le vin chaud en terrasse, la buée qui sort de la bouche à l’arrêt de bus et la nuit à 17h30. La neige qui tient pas, les magasins blindés le 23, le métro triste à minuit trente le 25 pour rentrer chez soi, aussi.
Évidemment, quand on est seul•e, c’est pas la même histoire, et selon les années et l’humeur, j’ai connu le spleen de fin d’année, comme un peu tout le monde je crois, qu’on fête Noël ou pas.
Alors pour lutter contre la dissonance cognitive (dépression vs magie de Noël) j’ai décidé depuis quelque temps de traiter le mal par le mal.
Méthode Coué, je me fais esprit de Noël, je suis lumière je suis magie : 1er décembre = sapin = calendrier = chants de Noël tous les jours (oui, tous les jours). À deux doigts de m’acheter un serre-tête à bois de rennes, si seulement je ne réfrénais pas mon envie de surconsommation.
Figurez-vous que ça fonctionne très bien ! J’ai même découvert qu’une étude avait été menée sur le sujet par un psychanalyste anglais, Steve Mc Keown : « décorer votre maison en avance serait une façon de vous auto-procurer un sentiment de bonheur. En cause ? La période de Noël étroitement liée à l’enfance et à la nostalgie » (merci Elle décoration).
Alors oui tout ça est bien superficiel (et promis l’année prochaine je tente le tuto « sapin home made »), mais si ça peut procurer un peu de joie, pourquoi pas.
Pour cette dernière newsletter de l’année, quoi de mieux qu’une invitée ?
Il y a deux semaines je retraçais New York 2014 en petite forme. Parler de New-York m’a fait penser à Bertille. Elle y a vécu des années et elle est très attachée à cette ville.
Bertille et moi on ne s’est jamais rencontrées IRL* comme on dit. J’ai d’abord entendu parler de Bertille grâce à sa magnifique marque de lingerie Bertille Isabeau, une Maison de lingerie inclusive et éthique comme on les aimerait toutes.
Puis elle a été une des premières abonnées de Tu devrais consulter, toujours enthousiaste et soutenante à distance. Merci à elle (et merci à vous qui me lisez).
Je ne connais pas Bertille mais j’adore ce qu’elle nous transmet sur les réseaux : du courage, de la force, de la liberté et puis beaucoup d’amour. Je suis très heureuse qu’elle ait accepté cette invitation, malgré son emploi du temps bien chargé. On a pas réussi à boire un café, mais on a discuté sur zoom, et c’était déjà super chouette.
Andrea : - Chère Bertille, toi qui as vécu cinq ans à New York, tu comprends qu’on puisse se sentir perdu•e dans cette ville ?
Bertille : - Oui ! C’est une ville qui peut être étouffante parce que tout est très haut, il y a des buildings absolument partout, tu peux vite avoir le vertige d’en bas en fait. Ça va très vite, il y a beaucoup, beaucoup de monde. On traverse rarement une rue tout seul, c’est toujours une espèce de marée humaine qui traverse à toute vitesse, surtout à Manhattan. Moi j’y bossais mais je vivais à Brooklyn et Brooklyn c’est beaucoup plus chill, c’est pas un cliché. J’étais pas dans un quartier hype, j’étais à Bed-Stuy c’est le quartier juif hassidique. J’avais décrit le quartier à ma femme et le jour où on y est allées ensemble elle a un peu halluciné ! En tout cas, c’était un quartier beaucoup plus calme et petit. Mais Manhattan c’est vraiment étouffant, les premières semaines je me sentais un peu perdue. Et puis au début j’avais pas le droit de travailler (j’avais pas encore ma carte de travail), donc j’avais un peu l’impression d’être nulle, de servir à rien et d’être noyée au milieu de ces gens qui vont vite.
À part ça j’ai adoré cette ville, pour moi maintenant j’ai deux maisons, Paris et New York.
A : - Pour toi les fêtes de fin d’année c’est plutôt sous spleen ou Soupline ?
B : - Avant c’était vraiment le spleen pour moi. Avant New York c’était difficile, pendant New York c’était aussi difficile parce que j’étais loin de ma famille et je rentrais jamais pour les fêtes (je trouvais que les billets d’avion coûtaient bien trop cher pour seulement fêter Noël) mais depuis que j’ai des enfants je trouve ça vachement chouette en fait. Passer Noël juste avec Laurette (ma femme), Jules et Lilly, on est tous les quatre, on se marre et c’est trop cool.Donc c’est vraiment en devenant maman que j’ai commencé à apprécier les fêtes. Et c’est un peu rude pour les autres membres de ma famille parce qu’au final je préfère passer Noël juste avec mes gamins !
A : - Comme je disais tu as été une des premières abonnées de Tu devrais consulter. J’imagine donc que le sujet psy t’intéresse, c’est quoi ton rapport à ça ?
B : - Alors déjà j’ai une grande sœur qui est pédopsy. Elle a 10 ans de plus que moi, quand elle est rentrée à la fac j’avais huit ans donc j’ai baigné dans tout ça. Et puis j’ai un père qui est plus que dépressif donc j’ai toujours entendu parler de psy à la maison, avec les ambiances TS et compagnie, c’est un sujet dont tout le monde parle très librement chez moi. Bizarrement malgré tout j’ai attendu mes 28 ans pour voir quelqu’un, c’était en revenant de New York en 2018 et c’est la psy que je vois toujours aujourd’hui.
Avant de partir à New York il y a juste eu un jour où je me suis sentie vraiment super mal, j’ai appelé mon taf de l’époque en disant que j’étais malade et je suis allée toute seule aux urgences de Sainte-Anne. Je suis arrivée, j’ai dit « bonjour ça va pas j’ai besoin de parler », ils m’ont donné une semaine d’arrêt, on a parlé etc., ça m’a fait déjà beaucoup de bien.
Donc tu vois je suis très proche de tout ça et pourtant j’ai mis du temps à aller consulter. Je savais que si je commençais à creuser ça allait être un peu moche. J’avais bien compris que ça allait pas mais je me disais que j’allais serrer les dents encore un petit peu, et que ça tiendrait comme ça.
A : - J’avais adoré le témoignage que tu m’avais envoyé sur insta.
« Elle est chic, c’est une dame. Elle se coiffe et se maquille. Moi pas. Je suis punk et pas du tout chic », tu disais sur ta rencontre avec ta psy.
B : - Ha mais oui c’est improbable ! On est tellement opposées et pourtant on se marre beaucoup. Bon en même temps je la vois deux fois par semaine depuis trois ans, forcément ça crée des liens.
A : - Le corps est au cœur de ton travail. Je suis fan des mannequins que tu fais poser, tous les corps tous les âges, c’est tellement important de faire ça et ça fait un bien fou.
J’ai lu sur ton site qu’avec BI tu aspirais à « libérer les corps, les mentalités, et laisser le soin à tous•tes de s’approprier son propre corps en se défaisant du regard de l’autre ». Moi je me sens un peu désincarnée, (tu vois je déteste le sport, le yoga tout ça) donc forcément ça me fait rêver.
Est-ce que toi tu te sens bien équilibrée dans ta relation à ton corps ? Tu arrives à prendre soin de toi ?
B : - Évidemment c’est compliqué, je voudrais tout ça pour tout le monde, être bien dans nos corps, mais personnellement je suis pas tous les jours bien alignée. J’adore l’idée, certains jours je me sens bien, mais malheureusement les trois quarts du temps je me dis encore « ohlala c’est quoi ce corps c’est pas possible ». Je suis extrêmement rude avec moi-même. Je suis du genre à lutter au sport pour pouvoir ensuite manger comme j’ai envie enfin tu vois le genre c’est pas sain du tout ! Aujourd’hui j’ai 33 ans et quand je vois mon corps il y a 10 ans je vois qu’en fait il était « parfait », j’étais très fine, musclée, et pourtant à l’époque je me trouvais grosse. Avec le temps je réussis quand même à un peu moins me juger.
Aujourd’hui j’arrive à faire du sport parce que j’adore ça. Je peux passer des heures à me crémer dans tous les sens parce que ça aussi c’est un truc que je kiffe. Donc oui j’essaye de prendre soin de moi comme je peux.
En même temps moi j’ai un corps défaillant, avec l’endométriose j’ai tout le temps mal. J’ai mal à peu près trois semaines par mois donc il faut bien que j’en prenne soin de ce corps. Malgré tout j’essaye au maximum de faire comme si ça allait bien, comme si c’était pas un sujet (je vais chez le médecin une fois par an par exemple quand d’autres dans mon cas y vont tout le temps).
A : - Oui justement, sur instagram tu parles aussi parfois avec courage (et même le sourire) de ton quotidien avec l’endométriose, de toutes les douleurs invisibles. Est-ce que tu as un conseil à donner à celleux qui sont concerné•es par les douleurs chroniques et à leurs proches ?
B : - Déjà ça m’a changé la vie de plus avoir des culottes qui me serraient le ventre ! Je m’impose plus des fringues dans lesquelles je suis contrainte, qui m’empêchent de bouger. C’est tout con mais avec l’endo mon corps change tout au long de la journée donc je veux plus être serrée (bon je dis ça alors que je porte des slims depuis 1992 ! C’est comme ça j’adore les slims). Sinon je fais des siestes dès que j’en ai besoin parce que souvent l’endo se mélange à de la fatigue chronique. Il y a des moments où je suis épuisée et je me dis que ça sert à rien de forcer. Quand j’en peux plus, je fais une petite sieste et ça repart, et tant pis je travaillerai plus tard. J’ai toujours une bouillotte ou des chaufferettes dans mon sac.
Parfois je suis en crise d’endo et je vais quand même au sport parce que ça fait du bien. Une crise d’endo c’est une crise de douleurs très fortes, ça te lance dans le ventre comme si on te mettait des petits coups de poignards, c’est assez raide. Donc mes deux trucs c’est faire du sport ou dormir.
Un conseil pour les proches c’est surtout de ne pas juger. Souvent à la maison je vais m’allonger sur le canapé avec un plaid et tout le monde comprend, l’autre jour c’est même ma fille de 10 ans qui m’a apporté une petite bouillotte. Mais par exemple quand je suis en vacances l’été avec mes sœurs et mes parents c’est pas la même ! Si je vais m’allonger tout le monde est là « ah tu t’allonges encore..? », euh c’est pas de la flemme en fait ! Plus compliqué avec eux.
Entendre que l’autre a mal sans le juger.
Contre la douleur on m’a proposé soit la pillule (non merci), soit on m’a conseillé le CBD. Mais comme j’ai un gros passé d’addiction ma médecin de la douleur m’a vraiment déconseillé de le faire.
A : - Ta médecin de la douleur ? Mais qu’est-ce que c’est un.e médecin de la douleur ?
B : - Oui j’ai une médecin de la douleur, elle est géniale. Déjà au premier rendez-vous elle m’a dit : “vous n’êtes pas folle, vous avez mal et on va hacker la douleur ensemble”.
Son job c’est de hacker la douleur au niveau du cerveau et de trouver des solutions pour que tu aies le moins mal possible. Avec plein de mélanges de molécules par exemple en ce moment je prends de la Ventoline et ça aide vachement.
A : - Incroyable, je connaissais pas du tout cette spécialité. « Médecin de la douleur », j’adore l’idée. Est-ce que tu voudrais ajouter quelque chose ?
B : - Je voudrais dire que je pense beaucoup aux personnes addictes pour le coup. Pendant les fêtes de Noël c’est pas facile. Moi je suis sobre depuis 13 ans maintenant et y’a pas une fête de Noël où on me dise pas « allez juste une petite coupe de champagne ! » et c’est dur. Surtout que quand on est sobre depuis longtemps on peut avoir tendance à se dire que c’est bon, on est tranquilles. Et en fait non c’est toujours un challenge.
Merci infiniment Bertille d’avoir accepté de partager tout ça avec nous 💜
N’hésitez pas à aller découvrir le bel univers de Bertille Isabeau.
On va s’arrêter là pour aujourd’hui,
On se retrouve en janvier ?
Prenez bien soin de vous et bonnes fêtes de fin d'année,
Andrea
*IRL : In Real Life, expression couramment employée sur internet pour désigner "la vie en dehors d'internet" (oui, on en est là).
On peut toujours tenter un effet cathartique.
1- Angoisse de séparation ? Peur de l'abandon ? Regardez Maman j’ai râté l’avion, la base. Si la pauvre mère de Kevin ne se tapait pas toute la charge mentale aussi.
2- Claustrophobie ? Classique des classiques, regardez (encore une fois) Le Père Noël est une ordure et débarassez-vous enfin de cette satanée phobie de l’ascenseur. (“Thérèse, si vous pouviez faire levier je pourrais m'introduire.”)
3- Paranoïa ? Hallucinations ? Mais oui bien sûr mon chéri la dame dans le ciel vient de sortir un lampadaire de son sac à main. Mieux que toutes les substances : Mary Poppins.